Derrière les textes, un fossé persistant
Il suffit de franchir la frontière terrestre entre le Cameroun et la République centrafricaine pour comprendre que l’intégration numérique de l’Afrique Centrale ne s’écrira pas d’un coup de plume à Libreville ou à Yaoundé. Alors que les réunions ministérielles de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) empilent les projets d’harmonisation douanière et les plans d’action, la réalité du terrain offre un contraste saisissant : d’immenses zones blanches où le moindre octet de donnée relève encore du luxe. Derrière les ambitions d’un marché unique adossé à la ZLECAf, la sous-région reste le maillon faible de la c onnectivité continentale, engluée dans des disparités géographiques et des coûts d’accès qui pénalisent directement ses entreprises.Les données mondiales publiées par l’Union internationale des télécommunications (UIT) lèvent le voile sur ce grand écart statistique. D’un côté, le Gabon s’impose au sommet du classement sous-régional en s’adjugeant la deuxième place des pays les plus connectés d’Afrique pour l’année 2025, juste derrière la Tunisie (première avec 64 %). 
Fort d’un taux de pénétration internet qui culmine à 62 % grâce à ses infrastructures de fibre optique, Libreville montre la voie. Au Cameroun, la dynamique est portée par une adoption de masse où le nombre d’internautes mobiles est estimé à 12,4 millions, représentant un taux de pénétration de 41,9 %. De l’autre côté du spectre, la République centrafricaine, le Tchad et le Burundi ferment la marche continentale, isolant des millions de citoyens hors des circuits de l’économie digitale.Le point de rupture le plus critique réside dans l’accès fixe et le haut débit résidentiel. Selon les données compilées par la CEEAC dans son étude de cas sur le commerce numérique, la pénétration des liaisons fixes plafonne entre 0 % et 4 % selon les États.
Cette faiblesse structurelle s’explique par le coût prohibitif du déploiement de la fibre terrestre à travers les forêts du bassin du Congo ou les zones enclavées de la RDC. Si le taux moyen de pénétration d’internet mobile de la zone Afrique globale stagne à 36 % d’après l’UIT, la CEEAC sait qu’elle ne pourra pas faire l’économie d’une refonet de ses infrastructures physiques. Sans investissements massifs dans les liaisons terrestres transfrontalières, la souveraineté numérique de l’Afrique Centrale restera un concept théorique confiné aux déclarations de ses diplomates.
