Facturation électronique au Congo : le beau rêve SFEC reporté au 1er août
Initialement prévu pour le 1er juillet, le lancement du Système de Facturation Électronique Certifiée (SFEC) a été officiellement reporté au 1er août 2026. Une décision stratégique prise à l’issue d’une séance de travail entre l’administration fiscale et les deux principaux syndicats patronaux du pays, l’UNICONGO et l’UNOC. Les chefs d’entreprise avaient jugé le délai initial trop court pour se mettre en conformité.
C’est une petite victoire pour les patrons congolais. Le 30 juin à Brazzaville, à la veille de l’échéance redoutée, une réunion de dernière minute a tout changé. Autour de la table, les représentants du ministère des Finances et de la Direction générale des impôts face aux présidents de l’Union patronale et interprofessionnelle du Congo (UNICONGO) et de l’Union nationale des opérateurs économiques du Congo (UNOC).
Au sortir des échanges, Dieudonné Mounkala, le président d’UNICONGO, a expliqué sans détour la raison de cette mobilisation. « Nous avons estimé que le délai de préparation était trop court pour les entreprises de se mettre au pas », a-t-il déclaré à la presse. La semaine précédente, son Conseil d’administration avait fait remonter « beaucoup de préoccupations » sur la mise en place du système. « Hormis ce délai, d’autres questions en suspens ont motivé la séance de travail », a-t-il ajouté, précisant avoir obtenu « des réponses adaptées, secteur d’entreprise par secteur d’entreprise ». Et d’insister : « Ce n’était pas une réunion de résistance, mais une réunion de compréhension. »
Son homologue de l’UNOC, Jean Daniel OVAGA, a enfoncé le clou en rappelant le contexte de défiance. « L’UNOC ne comprenait pas comment cette réforme fiscale pouvait se faire sans une discussion préalable », a-t-il affirmé. Selon lui, c’est précisément « ce climat de méfiance qui a fait qu’une partie de nos entreprises exercent dans le secteur informel ». Seules celles restées dans le formel ont dû supporter seules l’assiette fiscale de l’État.
Un « pacte fiscal » pour restaurer la confiance
Mais Jean Daniel OVAGA voit dans ce report une opportunité. « Maintenant que les discussions sont rétablies avec l’Administration, nous sommes sûrs que le lancement du SFEC est comparable à un pacte fiscal », a-t-il lancé. Pour lui, ce système, associé au projet FOUTA, permettra d’« améliorer le climat des affaires dans le domaine de la fiscalité ». Il a appelé de ses vœux « la dématérialisation, non seulement pour lutter contre la corruption et la concussion, mais aussi pour améliorer le climat des affaires dans notre pays ».
Ce sursis d’un mois, jusqu’au 1er août, est donc bien plus qu’un simple délai technique : c’est un geste d’apaisement. L’administration fiscale, consciente des craintes, a promis un accompagnement renforcé pour les semaines à venir. Guides pratiques, numéros verts, espaces d’accueil : le dispositif est en place pour que personne ne soit laissé au bord du chemin.
Ce qui change concrètement
Pourquoi un tel système ? Parce que la facturation manuelle, facilement falsifiable, prive l’État de recettes précieuses. Le SFEC impose une certification électronique en temps réel pour toutes les transactions B2B, B2C et B2G. Une facture certifiée est une facture qui laisse des traces, impossible à contester ou à perdre. Transparence, lutte contre la fraude, traçabilité, élargissement de l’assiette fiscale : les enjeux sont multiples.
Le Congo ne compte pas s’arrêter là. Dès 2029, des outils d’intelligence artificielle devraient permettre des contrôles prédictifs, plaçant ainsi le pays à la pointe de la fiscalité numérique dans la sous-région CEMAC. En attendant, le compte à rebours est relancé. Mais dans une atmosphère plus apaisée, les patrons ont gagné leur pari : se faire entendre.
