INVESTISSEMENT | République centrafricaine : Greenline Technologies injecte 89 milliards FCFA pour relancer la SOCATEL

Par David MVALE– Bangui/RCA – Pendant des années, la Société centrafricaine de télécommunications (SOCATEL) a symbolisé la crise du secteur stratégique des télécoms en Centrafrique. Réseau vieillissant, capacités techniques limitées, concurrence féroce des opérateurs mobiles privés et faible taux de pénétration d’Internet : l’opérateur historique semblait distancé dans l’économie numérique locale.
Une reprise historique de 89 milliards F.CFA pour l’opérateur historique
Le gouvernement centrafricain entend désormais écrire un nouveau chapitre de la connectivité du pays. Le 16 juillet, le ministère de l’Économie numérique, des Postes et des Télécommunications et la société américaine Greenline Technologies ont officiellement lancé la phase opérationnelle du projet de reprise de la SOCATEL. Cette concrétisation intervient cinq mois après la signature, à Casablanca, d’un protocole d’accord stratégique. L’investissement privé annoncé atteint 150 millions de dollars US (89 milliards FCFA XAF), soit l’un des engagements financiers les plus importants jamais réalisés dans les infrastructures télécoms et le haut débit en République centrafricaine. Derrière ce montant record et la promesse d’un redressement de SOCATEL se joue un enjeu crucial : la transformation numérique globale de la RCA et la souveraineté de son réseau national.
Dans la nouvelle géographie économique africaine, les États ne se disputent plus seulement les routes, les ports ou les mines. Ils se livrent également une compétition silencieuse autour des centres de données, des réseaux de fibre optique, de la cybersécurité et des infrastructures numériques. La capacité à produire, héberger et sécuriser les données devient progressivement un facteur de souveraineté.
C’est sur ce terrain que Greenline Technologies entend se positionner. Présente dans une dizaine de pays africains, l’entreprise américaine développe des projets dans les télécommunications, la cybersécurité, les infrastructures numériques et les solutions énergétiques. Sa feuille de route pour la Centrafrique dépasse la seule remise à niveau de la SOCATEL. Elle prévoit notamment la modernisation des infrastructures télécoms, le renforcement de la souveraineté numérique, l’élargissement de la couverture nationale et le développement des compétences locales. Le projet comprend également la création d’un centre de données de niveau Tier III, infrastructure essentielle pour héberger des services numériques à haute disponibilité.
« Nous voulons contribuer à faire de la République centrafricaine un hub numérique au cœur de l’Afrique », a déclaré Max Sicari, vice-président de Greenline Technologies.
L’ambition peut paraître élevée pour un pays où l’accès au numérique reste encore très limité. Selon les autorités centrafricaines, près de 70 % de la population n’utilise toujours pas Internet, conséquence d’un déficit d’infrastructures, d’une couverture insuffisante et du coût élevé des services numériques.
C’est précisément cette fracture que le gouvernement entend réduire. Depuis sa prise de fonction, le ministre de l’Économie numérique, Roger Andjalandji, fait de la connectivité et de la modernisation des infrastructures l’un des principaux axes de son action. Début juillet, Bangui a d’ailleurs multiplié les échanges avec plusieurs partenaires internationaux afin d’accélérer les investissements dans le secteur numérique.
Pour autant, le défi ne se résume pas à injecter des capitaux. La réussite du projet dépendra de la capacité à transformer une entreprise publique en acteur compétitif, capable d’investir durablement, d’innover et de répondre à une demande numérique en forte croissance.
C’est pourquoi les deux partenaires ont décidé de mettre en place un comité conjoint de pilotage chargé de finaliser les accords définitifs de reprise et de superviser le calendrier de déploiement.
La renaissance de la SOCATEL sera observée bien au-delà des frontières centrafricaines. Si le projet aboutit, il pourrait devenir un cas d’école de reconstruction d’un opérateur historique dans un pays où le numérique est désormais considéré comme un levier de souveraineté économique autant que de développement
