CEMAC : 67 millions d’habitants, deux réalités numériques cohabitent

Par l’Observatoire du Numérique en Afrique Centrale (JADE ONAF)
Sur le papier, la zone CEMAC affiche des indicateurs de connectivité qui semblent converger : plus de 80 % de la population dispose aujourd’hui d’une connexion mobile. Mais ce chiffre moyen cache une réalité bien plus fragmentée. D’un côté, des pays comme le Gabon ou la Guinée Équatoriale où le téléphone portable et l’accès à Internet font désormais partie du quotidien de la grande majorité des habitants. De l’autre, des pays comme le Tchad ou la République Centrafricaine, où l’essentiel de la population reste hors ligne. JADE ONAF a passé au crible les six pays membres pour dresser l’état des lieux le plus complet de la connectivité en Afrique centrale.
Un géant démographique, un poids numérique disproportionné
Premier constat, et non des moindres : le Cameroun écrase littéralement la sous-région, non seulement par sa population — près de 29,8 millions d’habitants, soit 44 % de la population totale de la CEMAC — mais surtout par son poids numérique. Le pays rassemble à lui seul 59 % de tous les internautes de la zone et 49 % de ses utilisateurs de réseaux sociaux. Avec 27,1 millions de connexions mobiles (86,6 % de la population) et 13,2 millions d’internautes, le Cameroun ne se contente pas de dominer la région : il en définit, à bien des égards, les usages numériques.
Le paradoxe gabonais : plus de connexions que d’habitants
Si le Cameroun impressionne par le volume, c’est le Gabon qui surprend par son taux d’équipement. Avec 3,27 millions de connexions mobiles actives pour seulement 2,61 millions d’habitants, le pays affiche un taux de pénétration mobile de 126 % — c’est-à-dire, en moyenne, plus d’une ligne active par habitant. Un phénomène qui ne traduit pas une couverture universelle magique, mais plutôt une pratique bien connue des marchés africains matures : le multi-équipement, ces Gabonais qui jonglent entre plusieurs cartes SIM pour profiter des meilleures offres de plusieurs opérateurs à la fois.
Au-delà de cette curiosité statistique, le Gabon confirme surtout son statut de marché le plus digitalement mature de la sous-région : 71,9 % de sa population est internaute, et 32,6 % utilise activement les réseaux sociaux — de loin le taux le plus élevé de la CEMAC. La Guinée Équatoriale n’est pas en reste, avec 60,4 % de pénétration Internet pour une population de moins de 2 millions d’habitants, confirmant que les deux plus petits pays de la zone sont aussi, proportionnellement, les mieux connectés.
Le Congo, un marché intermédiaire solide
Entre les deux extrêmes, la République du Congo occupe une position singulière : avec 6,51 millions de connexions mobiles pour 6,52 millions d’habitants, le pays affiche un taux d’équipement quasi universel de 99,8 %. Sa pénétration Internet (38,4 %) et sa part d’utilisateurs de réseaux sociaux (18,4 %) restent toutefois en retrait par rapport au trio de tête, signe d’un accès au réseau mobile généralisé qui ne se traduit pas encore pleinement en usages numériques avancés.
Tchad et Centrafrique : le poids du déficit d’infrastructures
À l’autre bout du spectre, le Tchad et la République Centrafricaine illustrent les limites persistent de l’accès numérique en Afrique centrale. Le Tchad, malgré ses 21,1 millions d’habitants — la deuxième population de la CEMAC — ne compte que 2,79 millions d’internautes, soit à peine 13,2 % de pénétration. La RCA affiche un tableau plus préoccupant encore : sur 5,6 millions d’habitants, seuls 670 000 sont considérés comme internautes (12,0 %), et à peine 230 000 utilisent les réseaux sociaux (4,1 % de la population) — le taux le plus bas de toute la sous-région. Dans les deux pays, le déficit d’infrastructures reste le principal frein à l’inclusion numérique, loin devant les questions d’usage ou d’appétence.
La CEMAC en chiffres

| Indicateur | Total zone CEMAC | Taux moyen |
| Population totale | 67,58 millions | 100 % |
| Connexions mobiles | 55,07 millions | 81,5 % |
| Internautes | 22,21 millions | 32,9 % |
| Utilisateurs de médias sociaux | 9,44 millions | 14,0 % |
Source : compilation JADE ONAF, 30 août 2026.
Une carte à double lecture pour les acteurs du numérique
Cette photographie de la connectivité centrafricaine dessine, en creux, deux marchés bien distincts. D’une part, un marché de volume, porté quasi exclusivement par le Cameroun, où toute stratégie numérique d’envergure régionale doit nécessairement composer avec le poids démographique et digital du pays. D’autre part, un marché de qualité, incarné par le Gabon et la Guinée Équatoriale, où la densité de connexion et la maturité des usages ouvrent la voie à des approches plus fines, moins dépendantes du seul volume d’audience.
Entre les deux, le Congo, le Tchad et la RCA rappellent une évidence trop souvent oubliée : la connectivité en Afrique centrale reste avant tout une question d’infrastructures. Tant que les réseaux physiques n’auront pas comblé leur retard dans ces trois pays, aucune stratégie numérique, aussi habile soit-elle, ne pourra à elle seule créer l’audience qui n’existe pas encore.
À propos de JADE ONAF

L’Observatoire du Numérique en Afrique Centrale (JADE ONAF) est la cellule d’analyse et de veille du groupe JADE Hôtel Média. Il produit des décryptages réguliers sur les usages numériques, les audiences digitales et les dynamiques économiques du secteur en zone CEMAC, à destination des décideurs, des annonceurs et du grand public.
Méthodologie : les données présentées agrègent les statistiques des régulateurs télécoms nationaux, des opérateurs mobiles et des principaux organismes de suivi de la pénétration Internet et des usages numériques dans la sous-région.
