Alain Foka : « Il est urgent que nous-mêmes nous parlions de nous »
Figure emblématique du journalisme africain, Alain Foka a passé près de trente ans à RFI avant de lancer sa propre chaîne, Afo Média, en septembre 2024. Son combat est clair : briser le silence et réécrire le récit d’un continent trop longtemps décrit par d’autres.
« Le message était tout simple de cette conférence, qui était d’élaborer le narratif africain. Élaborer le narratif africain pourquoi ? Parce que les autres ont toujours parlé de nous et nous nous connaissons toujours à travers ce que les autres ont écrit de nous. Il devient urgent que nous-mêmes nous parlions de nous ». Ces mots, prononcés lors du festival Rayons d’Afrique à Niamey, résument sa philosophie.
Pour Alain Foka, la neutralité des médias est un leurre. « Quand on crée un média, c’est qu’on a une opinion à faire valoir ». Il revendique une position d’opinion assumée, « dans le but de raconter le narratif africain sans complaisance, ni condescendance ». Il insiste sur l’urgence pour les Africains de produire leur propre version de l’histoire : « Il devient urgent … que nous ayons notre version, parce que cette version-là nous ressemblera plus, cette version-là sera moins empreinte de distorsions, d’interprétations et quelques fois de condescendances ».
Son projet Afo Média, lancé en République démocratique du Congo en partenariat avec Équinoxe, incarne cette volonté de multiplier « les canaux de diffusion de notre pensée ». Loin d’une logique de concurrence, il entend fonctionner avec d’autres médias partenaires pour amplifier la voix africaine. Son message s’adresse en particulier à la jeunesse, qu’il invite à « dire ce qu’elle vit » et à s’impliquer dans la construction d’un narratif authentique, débarrassé des clichés hérités de la période coloniale.
- Innocent MBADOUMA
