De la rente pétrolière à la transformation du bois : le modèle gabonais à l’épreuve du zéro tarif

Alors que le Gabon cherche à affranchir son économie de la dépendance aux hydrocarbures, la filière bois s’impose comme le laboratoire de la transformation locale. Décryptage d’un changement de modèle industriel soutenu par le marché chinois et la transition énergétique.
Par l’ONAF
Pendant des décennies, le pétrole a porté les recettes du Gabon, tout en masquant la vulnérabilité d’une économie tributaire des cours mondiaux du brut. Aujourd’hui, face à une dette de 9 000 milliards de FCFA et aux exigences de création d’emplois, le pays accélère sa mutation. La filière bois, forte de ses essences nobles et de ses parcs industriels, est érigée en secteur pilote pour passer à la deuxième et troisième transformation et saisir les opportunités du zéro tarif chinois.
Sortir de la dépendance : le diagnostic de la rente
Le modèle de rente extractive a atteint ses limites structurelles. Comme l’a rappelé le Commissaire Général au Plan lors du Panel 2 du Colloque Sino-Africain de Libreville, le Gabon fait face à des défis macroéconomiques majeurs. Pour financer le développement, rembourser la dette publique de 9 000 milliards de FCFA et résorber le chômage des jeunes, le pays doit générer des revenus durables et diversifier ses sources de croissance.
La dépendance aux hydrocarbures crée une illusion d’optique. Selon l’analyse présentée au colloque par le Professeur Mengue Bindzo, si le pétrole et le bois brut biaisent la perception extérieure (en représentant un tiers des échanges), le secteur industriel national hors pétrole brut pèse déjà 50 à 53 % de l’industrie nationale.
La marge de progression réside désormais dans la transformation approfondie des ressources naturelles sur le sol gabonais.
« Nous ne présentons pas une production compétitive tant que nous exportons du brut. Pour bénéficier du zéro tarif, le Gabon doit fabriquer des produits à forte valeur ajoutée, ce qui exige des choix industriels affirmés et de l’énergie. »
— Ghislain MOANDZA MBOMA, Directeur Général de l’ANPI Gabon, Panel 2 du Colloque de Libreville
La filière bois, laboratoire de la transformation industrielle
Le bois gabonais (Okoumé, Padouk, Tali, Kevazingo) ne doit plus quitter le territoire sous forme de grumes brutes. Cette décision stratégique, initiée par l’interdiction d’exporter les grumes non transformées, trouve une nouvelle impulsion dans le cadre du 15ᵉ Plan quinquennal chinois et du Plan National de Croissance et de Développement (PNCD).
Lors du Panel 1, MMe WANG Cui, Conseiller économique de l’Ambassade de Chine a recommandé d’ériger la forêt gabonaise en modèle d’excellence :
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Filière pilote : Utiliser la filière bois comme projet pilote pour la deuxième transformation (contreplaqués, moulures, éléments de structure) et la troisième transformation (mobilier fini, parquets, menuiserie industrielle).
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Capacité d’absorption du marché chinois : S’appuyer sur la demande chinoise pour sécuriser les volumes d’exportation en franchise de douane.
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Écosystème holistique : Comme l’a suggéré le Professeur Xu (Panel 3), élargir la vision de la branche forestière en formant des cadres capables d’associer l’exploitation durable, la valorisation de
L’expérience GSEZ et l’innovation énergétique de terrain
La faisabilité de ce changement de paradigme est déjà démontrée sur le terrain gabonais.
La Zone Économique de Nkok (GSEZ) en est le premier pilier : elle génère désormais 2 milliards de dollars de recettes (réparties entre la transformation du bois et de la métallurgie), surpassant les recettes générées par le bois brut.
Mais pour généraliser la deuxième et la troisième transformation à l’ensemble du territoire, les industriels doivent surmonter la contrainte de l’énergie. Dans l’intérieur du pays, l’entreprise forestière Bonus Harvest, installée à Koula-Moutou, apporte une réponse concrète.
En partenariat avec l’intégrateur Keep Gabon, le site s’est doté d’une centrale hybride solaire-stockage-diesel de 1,6 MWc :
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Autonomie énergétique : Couverture de plus de 70 % des besoins électriques par le solaire.
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Compétitivité : Économie de 30 000 litres de gazole par mois (soit 108 millions de FCFA par an).
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Capacité productive : Traitement propre de 25 000 m³ par an de bois transformé (Okoumé, Padouk, Tali), prêt à répondre aux exigences environnementales et réglementaires du marché international.
Le cap de la valeur ajoutée durable
Le passage de la rente pétrolière à l’industrie du bois transformé illustre la mutation économique du Gabon. Le régime du « zéro tarif » chinois offre le débouché commercial indispensable pour amortir les investissements industriels.
En combinant la transformation locale, la décarbonation des usines et la formation de compétences qualifiées, le Gabon prouve qu’il ne cherche plus seulement à vendre ses ressources, mais à bâtir une économie industrielle souveraine et durable.
- Innocent MBADOUMA
- Lina Martina ADIA
- Lina Martina ADIA
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