Bonus Harvest : la scierie solaire intelligente
Le journal JADE reçoit Alexandre Ondo, Responsable des Relations Extérieures de Bonus Harvest. L’entreprise gabonaise est la première du secteur forestier à équiper son usine d’une centrale solaire hybride de 1,6 MWc. Mais l’innovation ne s’arrête pas aux panneaux : c’est un véritable micro-réseau intelligent qui pilote en temps réel la bascule entre solaire, batteries de stockage et groupes diesel. Grâce à un système de contrôle numérique automatisé, l’usine optimise en continu sa production d’énergie, réduisant drastiquement sa dépendance aux énergies fossiles tout en garantissant une alimentation stable, même en l’absence d’ensoleillement. Une prouesse technologique qui place Bonus Harvest à la pointe de la transition énergétique numérique au Gabon.
Propos recueillis par Innocent M’BADOUMA
Journal JADE – Bonjour Monsieur Alexandre. Bonus Harvest, c’est d’abord une histoire forestière. Pouvez-vous nous rappeler qui vous êtes et quelle est la place de votre entreprise au Gabon ?*
Alexandre Ondo : BONUS HARVEST a été créée en 2005 et reprise par l’équipe chinoise actuelle en 2014. C’est une entreprise forestière de droit gabonais et capitaux chinois spécialisée dans l’abattage, la transformation, le transport et le commerce de grumes tropicales. L’entreprise compte plus de 300 employés, dont 85 % de Gabonais. Nous sommes membres de l’ATIBT et de l’UFIGA, membres fondateurs du port sec de Lastourville, et la première entreprise forestière chinoise à avoir obtenu la certification LegalSource en 2022. Nous avons également décroché les certifications FSC de chaîne de contrôle et EUDR en 2024, et nous visons la certification FSC de gestion forestière durable d’ici la fin de l’année.
– Des certifications exigeantes, qui montrent votre engagement en matière de gestion durable. Justement, comment exploitez-vous concrètement votre concession forestière ?
Alexandre Ondo : Notre concession couvre 128 000 hectares. Nous appliquons une rotation de 25 ans entre deux exploitations sur une même zone, pour permettre la régénération des peuplements. Nous respectons strictement les diamètres minimaux d’exploitation et nous utilisons des techniques d’abattage contrôlé pour limiter l’impact environnemental. Chaque année, nous réalisons un inventaire complet, sélectionnons les arbres exploitables sur des critères de diamètre et de qualité, et optimisons le réseau de pistes pour réduire les dommages sur les jeunes arbres lors du transport.
– Une gestion minutieuse. Et cette matière première, vous la transformez sur place. Parlez-nous de votre scierie.
Alexandre Ondo : Notre scierie est située au cœur de notre concession, sur 70 hectares. En 2015, nous avons construit une ligne de production de sciages d’une capacité annuelle de 25 000 m³. En 2019, nous avons ajouté une ligne de séchage avec 10 étuves pouvant sécher 1 200 m³ par charge. Nous transformons des essences de qualité comme le zébrano, l’okoumé, le padouk, l’okan, le tali et l’andoung. Nos sciages sont exportés vers la Chine, l’Europe, les Amériques et le Moyen-Orient.
– Une usine performante, mais qui tournait au gazole comme beaucoup d’industries isolées. Puis vous avez franchi un cap inédit au Gabon : vous êtes la première entreprise forestière à alimenter votre usine à l’énergie solaire. Racontez-nous ce projet.
Alexandre Ondo : La centrale en îlotage de 1,6 MWc est installée dans notre usine de Koula-Moutou, dans l’Ogooué-Lolo. Elle couvre 15 000 m² avec 2 462 panneaux photovoltaïques, complétés par un conteneur-batterie de 1,5 MWh pour assurer la stabilité en l’absence d’ensoleillement, et quatre groupes diesel d’appoint. L’innovation clé, c’est le micro-réseau hybride solaire-stockage-diesel : grâce à des technologies de contrôle intelligent, les trois sources s’ajustent automatiquement pour allier propreté, rentabilité et fiabilité.
– Un véritable micro-réseau intelligent. Qui a conçu et réalisé cette prouesse technique ?
Alexandre Ondo : Le projet a été conçu par Haier Haitec (groupe Haier) et réalisé par KEEP GABON, une société de vente d’énergie photovoltaïque fondée au Gabon.
– Vous n’avez pas fait cavalier seul. Quels ont été les soutiens institutionnels ?
Alexandre Ondo : Dès le début, nous avons reçu le soutien des ministères de l’Économie, des Eaux et Forêts, de l’Environnement du Gabon, ainsi que de l’Ambassade de Chine au Gabon.
– Et aujourd’hui, où en êtes-vous ?
Alexandre Ondo : Le projet a démarré son exploitation d’essai en novembre 2025 et nous avons inauguré officiellement la centrale en mars 2026.
– Une reconnaissance officielle. Le gouvernement gabonais vous a-t-il distingués pour cette initiative ?
Alexandre Ondo : Oui, le ministère des Eaux et Forêts nous a désignés comme entreprise modèle pour la transition vers une économie forestière bas-carbone. Nous avons signé un mémorandum de coopération pour la construction d’un système industriel du bois à faibles émissions de carbone.
– Le transport des grumes reste une étape énergivore. Avez-vous engagé une réflexion pour décarboner votre logistique ?
Alexandre Ondo : Absolument. Si notre flotte de camions et d’engins de débardage fonctionne encore au gazole, nous réfléchissons déjà à l’électrification des véhicules légers, à l’installation de chargeurs solaires sur les pistes, et à l’utilisation de conteneurs-batteries mobiles pour alimenter les engins en forêt. La décarbonation du transport est notre prochain grand chantier.
- Innocent MBADOUMA
- Innocent MBADOUMA
