L’état de la connectivité CEMAC : radiographie d’un marché à deux vitesses

JADE DÉCRYPTAGE – À l’ère de la transformation numérique globale, la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) présente un visage contrasté. Alors que l’adoption des services mobiles affiche un dynamisme remarquable dans toute la sous-région, l’accès au réseau Internet à haut débit et la démocratisation des médias sociaux demeurent marqués par une fracture structurelle majeure entre les six États membres.
1. Une fracture numérique sous-régionale marquée
L’analyse des données de connectivité au sein de l’espace CEMAC révèle un marché télécom caractérisé par de profondes dissymétries. Avec une population globale estimée à près de 67,6 millions d’habitants, la sous-région compte aujourd’hui plus de 55 millions de connexions mobiles. Ce chiffre impressionnant, qui traduit un taux d’équipement théorique moyen de 81,5 %, masque toutefois des réalités nationales extrêmement hétérogènes et une transition encore incomplète vers l’Internet haut débit.
Au sommet de la maturité numérique sous-régionale s’imposent deux leaders aux profils complémentaires : le Gabon et la Guinée Équatoriale. Le Gabon se distingue par des indicateurs exceptionnels, affichant un taux d’équipement mobile de 126,0 % ainsi qu’une pénétration Web atteignant 71,9 % de sa population. Il est suivi de près par la Guinée Équatoriale, où 60,4 % des citoyens disposent d’un accès à Internet. Ces marchés, caractérisés par un fort taux d’urbanisation et un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne sous-régionale, ont su développer des infrastructures solides favorisant un usage régulier des services numériques avancés.

En termes de volume, le Cameroun s’impose sans conteste comme le moteur économique et démographique du numérique central. Réunissant à lui seul plus de 13,2 millions d’internautes, soit près de 59 % de l’ensemble des usagers de la zone CEMAC, le marché camerounais agit comme le véritable hub régional. Avec un taux de pénétration mobile de 86,6 % et 4,6 millions d’utilisateurs actifs sur les réseaux sociaux, le pays offre un bassin d’audience incontournable pour les investisseurs, les fintechs et les acteurs du commerce électronique. Dans une dynamique intermédiaire mais prometteuse, la République du Congo enregistre également une maturité appréciable avec un taux de pénétration mobile frôlant la saturation (99,8 %) et 38,4 % d’accès au Web.
À l’opposé du spectre, le Tchad et la République Centrafricaine (RCA) accusent un retard d’infrastructure préoccupant[cite: 5, 6]. Avec des taux de pénétration Web respectifs de 13,2 % et 12,0 %, ces deux territoires illustrent les contraintes physiques, économiques et géographiques majeures qui pèsent sur le déploiement des réseaux[cite: 5, 6]. En Centrafrique notamment, l’accès aux services mobiles plafonne à 32,1 %, tandis que l’usage des réseaux sociaux ne touche que 4,1 % de la population[cite: 5, 6]. Ces zones représentent toutefois un potentiel de rattrapage considérable pour les opérateurs d’infrastructure et les technologies de connectivité alternative, telles que le satellite ou la fibre optique transfrontalière.
2. Panorama comparatif de la connectivité CEMAC (2026)
Source : Baromètre JADE – Infrastructures & Économie Numérique
Pays Membre |
Population Totale |
Connexions Mobiles |
Pénétration Mobile |
Nombre d’Internautes |
Pénétration Web |
Usagers Médias Sociaux |
Statut de Maturité Digital |
🇨🇲 Cameroun |
29,80 M |
27,10 M |
86,6 % |
13,20 M |
44,3 % |
4,60 M (15,4 %) |
🔵 Hub régional |
🇹🇩 Tchad |
21,10 M |
15,50 M |
73,3 % |
2,79 M |
13,2 % |
2,38 M (11,3 %) |
🟠 En développement |
🇨🇬 Rep. du Congo |
6,52 M |
6,51 M |
99,8 % |
2,50 M |
38,4 % |
1,20 M (18,4 %) |
🔵 Marché Émergent |
🇨🇫 RCA |
5,60 M |
1,80 M |
32,1 % |
0,67 M |
12,0 % |
0,23 M (4,1 %) |
🔴 Zone d’Urgences |
🇬🇦 Gabon |
2,61 M |
3,27 M |
126,0 % |
1,87 M |
71,9 % |
0,85 M (32,6 %) |
🟢 Leader Digital |
🇬🇶 Guinée Éq. |
1,95 M |
0,89 M |
45,4 % |
1,18 M |
60,4 % |
0,18 M (9,1 %) |
🟢 Maturité Aérienne |
📊 TOTAL / MOYENNE |
67,58 M |
55,07 M |
81,5 % |
22,21 M |
32,9 % |
9,44 M (14,0 %) |
Moyenne Zone |
3. Perspectives et enjeux de développement
Si la sous-région CEMAC franchit des étapes décisives vers une numérisation globale, les écarts enregistrés soulignent l’urgence de politiques publiques harmonisées et d’investissements ciblés dans le backbone sous-régional. Pour les acteurs du secteur privé, l’opportunité majeure réside dans le développement de services mobile-first adaptés à une population majoritairement connectée via les réseaux cellulaires.
