Beijing : feuille de route technologique au Gabon
Libreville, juin 2026 – C’est dans un contexte de célébrations que Mme WANG Cei, Conseiller économique à l’ambassade de Chine au Gabon, a accordé cette interview exclusive à la presse. En ce mois de juin, double anniversaire : celui de l’entrée en vigueur du Programme « zéro tarif » douanier offert par Pékin aux pays les moins avancés, et surtout, les 52 ans des relations bilatérales entre la Chine et le Gabon, officialisées le 20 avril 1974.
Pour Mme WANG, cette longévité diplomatique n’est pas un simple chiffre.
« La Chine se tient résolument au côté du Gabon dans cette mutation structurelle », a-t-elle martelé, en dévoilant les grandes lignes d’une véritable révolution industrielle. L’ambition affichée est claire : sortir de l’exploitation minière traditionnelle pour entrer de plain-pied dans l’ère de la transformation avancée, grâce à un transfert de technologies massif et inédit.
Métallurgie : la fin de l’exportation de minerai brut

Avec des réserves estimées à 61 millions de tonnes et une production annuelle de 4,6 millions de tonnes (soit 15 % de l’offre mondiale), le Gabon est le deuxième producteur mondial de manganèse. Pourtant, la quasi-totalité de cette richesse part encore à l’état brut. Ce temps est compté : Libreville a acté l’interdiction totale d’exportation de minerai brut à partir de 2029.
Le plan chinois répond à cette urgence. Il ne s’agit pas de simples achats d’équipements, mais d’un véritable transfert de compétences pour produire localement des alliages complexes comme le silicomanganèse et le ferromanganèse (indispensables à la sidérurgie, à raison de 3 à 4 kg par tonne d’acier). À titre comparatif, le Maroc a ouvert la voie en Afrique avec l’usine CITIC Dicastal, reconnue comme la première « Lighthouse Factory » du continent. Grâce à l’adoption des technologies d’Industrie 4.0, cette usine a enregistré une hausse de 26,58 % de la productivité du travail et une réduction de 31,11 % des défauts. C’est ce standard que Pékin entend transférer au bassin de Franceville.
Bois et gestion intégrée : les piliers de l’Industrie 4.0
La filière bois, deuxième pilier de l’économie gabonaise, n’est pas en reste. L’interdiction des grumes (2010) a fait du Gabon le premier producteur africain de placage, mais l’essentiel du bois transformé part encore à l’état semi-ouvré. La Chine propose d’introduire des lignes de production de panneaux de fibres de densité moyenne (MDF). Un marché mondial estimé à 51,3 milliards de dollars en 2024, où le Gabon pourrait capter une part significative.
Au-delà des usines, c’est l’écosystème de gestion qui sera modernisé via le transfert de l’expertise chinoise en matière de parcs industriels intégrés, connectant douanes, fiscalité et laboratoires de contrôle qualité en temps réel. Enfin, la durabilité est au cœur du dispositif : des solutions photovoltaïques et des outils de gestion digitale seront massivement déployés. La première centrale solaire d’Ayémé, visant 30 MW pour 300 000 foyers, n’est que le début d’une électrification verte des infrastructures productives.
Une coopération gagnant-gagnant à l’épreuve des cycles économiques

Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 3,79 milliards de dollars en 2023, et un accord-cadre de 4,3 milliards de dollars a été signé en septembre 2024. Ce dynamisme s’inscrit dans la continuité des 52 ans de partenariat.
Cependant, cette coopération technologique accrue expose aussi à des risques de dépendance, comme en témoigne la chute de 23,7 % des exportations de bois gabonais vers la Chine en 2025, conséquence directe du ralentissement du secteur immobilier chinois. Pour Mme WANG, la réponse réside précisément dans ce transfert technologique : « En internalisant la transformation, le Gabon ne subira plus les aléas des matières premières ; il exportera des produits à haute valeur ajoutée. »
À l’heure où le Gabon célèbre un demi-siècle d’amitié avec Pékin, cette feuille de route technologique dessine les contours d’une indépendance économique enfin accessible, avec la Chine comme partenaire de bout en bout.
- Innocent MBADOUMA
- Innocent MBADOUMA
