CEMAC et identité numérique : les défis de l’harmonisation
Lorsque la CNIE gabonaise pourra « à terme » servir de document de voyage dans l’espace CEMAC, elle réalisera un rêve ancien : celui d’une identité numérique reconnue au-delà des frontières nationales. Mais ce rêve bute sur une réalité complexe : l’harmonisation des systèmes d’identité numérique dans la sous-région reste un chantier immense, où les avancées côtoient les blocages.
Des initiatives prometteuses
L’Afrique centrale n’est pas en reste. Le 24 septembre 2025, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) saluait à Douala « un pas décisif vers la mise en place d’un marché numérique unique en Afrique centrale ». La CEMAC et la Banque mondiale ont renforcé leur partenariat autour du programme CARDIP (Central Africa Regional Digital Infrastructure Program), visant à interconnecter les infrastructures numériques des six États membres.
La stratégie de transformation digitale de la CEMAC se peaufine. En mars 2026, les travaux sur l’économie numérique et l’économie de la connaissance étaient à l’ordre du jour. Pourtant, entre 2020 et 2025, le PIB réel de la zone CEMAC n’a enregistré qu’une progression modeste, après une récession de -1,7 % en 2020. La transformation numérique est perçue comme un levier de relance, mais les moyens restent limités.
L’épineuse question de l’interopérabilité
Le défi majeur réside dans l’interopérabilité des systèmes. Chaque pays de la CEMAC avance à son rythme, avec ses propres standards techniques et cadres juridiques. Le Gabon a sa CNIE, le Cameroun sa CNIB biométrique, la RCA ses propres dispositifs. Comment faire dialoguer ces systèmes ? Comment garantir qu’une identité numérique délivrée à Libreville soit reconnue à Douala ou à Bangui ?
La Convention de Malabo sur la cybersécurité et la protection des données, entrée en vigueur en juin 2023, offre un cadre continental. Mais sa ratification reste lente. La RDC l’a ratifiée en juin 2025, devenant le 19e État membre de l’UA à le faire. En Afrique centrale, les ratifications sont encore trop rares pour donner à ce texte une force contraignante.
L’urgence d’une vision commune
« Les systèmes d’identité fragmentés ont prouvé qu’ils n’étaient pas très utiles pour faire avancer l’intégration, le commerce numérique ou le développement », avertissait Moses Kwesi Baiden Jnr., fondateur de Margins ID Group, lors de l’assemblée générale d’ID4Africa 2026 à Abidjan. « Sans interopérabilité, même les systèmes d’identité à grande échelle risquent de devenir de simples bases de données isolées. »
Le Sommet CEMAC Data Center, Energy & AI Infrastructure 2026, qui prévoit le lancement d’un premier data center souverain d’Afrique centrale et de 600 km de dorsale fibre reliant le Congo, le Cameroun et la RCA, est une brique de cet édifice. Mais l’identité numérique ne se décrète pas : elle se construit, patiemment, État par État, standard par standard.
La CEMAC a une opportunité unique : celle de bâtir un système d’identité numérique régional avant que les géants technologiques ne le fassent à sa place. Le chemin est étroit, mais il existe. À condition que la volonté politique suive.

Danielle U. NDEKADINON DI M'BADOUMA
- Danielle U. NDEKADINON DI M'BADOUMA
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