Cacao, café, or : la blockchain sécurise les filières africaines
Loin des spéculations sur les cryptomonnaies, la blockchain trouve en Afrique une utilité profondément ancrée dans l’économie réelle. Dans les champs de cacao ivoiriens, les plantations de café camerounaises et les mines d’or du Ghana, une révolution silencieuse est en marche : celle de la traçabilité et de la tokenisation.
Cacao ivoirien : COCOBLOCK ouvre la voie

Premier producteur mondial de cacao avec 43 % de la production mondiale, la Côte d’Ivoire est un terrain d’expérimentation idéal pour la blockchain. Le projet COCOBLOCK, développé entre juin 2019 et février 2020 avec un budget de 80 000 €, a permis de tester un système de traçabilité basé sur cette technologie.
L’objectif était clair : développer la transparence dans le secteur, réduire les coûts de transaction et augmenter les marges bénéficiaires du cacao produit de manière durable. Le projet a mobilisé des acteurs majeurs : Ecookim, une union de coopératives regroupant 23 coopératives et près de 12 000 producteurs sur 41 450 hectares de cacao, ainsi que des coopératives certifiées bio et Fairtrade.
Les résultats ont confirmé le potentiel de la blockchain pour le contrôle de l’origine du cacao et la lutte contre les fraudes sur les maillons intermédiaires. Le système permet également d’identifier les possibilités de réduction des coûts de transactions liées aux transferts de paiements dans la filière. Une avancée cruciale dans un secteur où les intermédiaires captent une part importante de la valeur.
Cameroun : la traçabilité comme impératif européen
Au Cameroun, la pression vient aussi d’ailleurs. Le Règlement européen sur la déforestation (RDUE), initialement prévu pour janvier 2025 puis reporté à janvier 2026, impose une traçabilité rigoureuse des produits agricoles importés dans l’UE. Le Cameroun s’est engagé à garantir la traçabilité de sa production de cacao, des plantations au port d’exportation. En juillet 2025, le pays annonçait que 99 % des bassins de production étaient déjà traçables.

La blockchain, avec sa capacité à enregistrer de manière immuable chaque étape de la chaîne d’approvisionnement, est un outil privilégié pour répondre à ces exigences. Le partenariat germano-camerounais, via le projet Racines numériques, renforce cette dynamique. La traçabilité numérique et la blockchain représentent des avancées essentielles pour améliorer la transparence et la durabilité des filières.
L’or ouest-africain entre en scène
La blockchain ne se limite pas aux filières agricoles. Le 11 mai 2026, la filiale crypto de MultiBank Group, mb.io, a confirmé un partenariat institutionnel avec Kings Orbis, EON3 Group Ghana Ltd et Mavryk pour développer un programme de tokenisation de qualité institutionnelle pour de l’or physique provenant d’Afrique de l’Ouest.

Chaque jeton émis représentera une propriété directe sur de l’or physique détenu dans des coffres à Dubaï sous garde institutionnelle approuvée par la LBMA (London Bullion Market Association). L’initiative, soutenue par l’Asantehene Otumfuo Osei Tutu II, roi du Royaume Ashanti, vise à numériser l’héritage historique de l’or ashanti. Un consortium présenté au Sommet mondial pour la paix à Kumasi le 24 avril 2026.
Les promesses de la tokenisation
« La tokenisation pourrait offrir des avantages considérables en Afrique de l’Ouest et dans d’autres économies émergentes, notamment des paiements transfrontaliers plus rapides et un meilleur accès aux marchés de capitaux », déclarait Lisa D. Cook, gouverneure de la Réserve fédérale américaine, le 8 mai 2026 à Dakar, lors d’une conférence de la BCEAO.
La Brookings Institution abonde : « La tokenisation est l’une des courses à l’innovation financière où l’Afrique pourrait se positionner au même niveau que les autres marchés émergents ». Pour les PME africaines, qui représentent 90 % des entreprises du continent et font face à un gap de financement estimé à plus de 331 milliards de dollars, la tokenisation ouvre des perspectives inédites.
Cacao, café, or : la blockchain n’est pas une lubie technologique. Elle est en train de devenir le socle d’une économie africaine plus transparente, plus équitable et plus intégrée. Une révolution qui se joue loin des fantasmes, dans les champs et les mines du continent.
- Innocent MBADOUMA
- Innocent MBADOUMA
