Digital Gabon : un an après le lancement de la CNIE, où en sommes-nous ?
Le 24 juin 2024 restera une date historique pour le Gabon. Après neuf longues années d’attente – la dernière carte nationale d’identité avait été imprimée en 2015 – le pays renouait avec la production de son précieux sésame. Ce jour-là, au siège de la Direction générale de la Documentation et de l’Immigration (DGDI), le Président de la Transition, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, recevait des mains du ministre de l’Intérieur le premier macaron de la Carte Nationale d’Identité Électronique (CNIE). La Première Dame Zita Oligui Nguema récupérait également le sien. Une cérémonie qui marquait l’aboutissement d’un engagement pris au lendemain du 30 août 2023 : mettre à disposition des populations une carte d’identité fiable et sécurisée.
Un an plus tard, où en est le chantier ?

Une carte nouvelle génération aux ambitions régionales
La CNIE gabonaise n’est pas une simple carte d’identité. Elle intègre une puce électronique qui permet à chaque citoyen de disposer d’un titre sécurisé attestant sa nationalité tout en facilitant l’accès à de nombreux services administratifs au quotidien. Mais l’ambition va plus loin : la présidence de la République assure que la CNIE « sera à terme un document de voyage dans la zone Cemac ». Une promesse qui, si elle se concrétise, ferait du Gabon un pionnier de l’intégration régionale par l’identité numérique.
Le lancement de la campagne d’enrôlement avait débuté deux jours plus tôt, le 22 juin 2024, à Lambaréné, avec le Numéro d’Identification Personnelle (NIP). L’opération devait ensuite s’étendre aux commissariats du Grand Libreville puis à l’intérieur du pays. Un déploiement progressif qui, un an après, continue de monter en puissance.
Digital Gabon : l’architecture de la transformation

La CNIE s’inscrit dans un programme bien plus vaste : Digital Gabon. Lancé officiellement le 5 novembre 2024 par le Premier ministre Raymond Ndong Sima, ce projet stratégique est doté d’un financement de 44 milliards FCFA octroyé par la Banque mondiale. Il s’articule autour de trois axes : la modernisation des services publics numériques, la dématérialisation des procédures administratives et le renforcement de l’interconnexion des administrations.
« Cette init iative vise à intégrer le numérique au cœur de notre administration pour atteindre l’efficacité et la transparence », déclarait alors le ministre de l’Économie Numérique, le Général de Brigade Bonjean Rodrigue Mbanza. Le programme comporte 13 projets stratégiques, dont certains ont déjà connu un début d’exécution, comme le NIP.
La Banque mondiale, via un prêt additionnel de 68,5 millions de dollars signé dès janvier 2024, accompagne également la modernisation du système d’état civil et la fourniture d’une identité unique pour faciliter l’accès de tous aux services publics. « La transformation numérique est au centre de la transformation économique et sociale du pays », soulignait Cheick Kante, Directeur des opérations pour le Gabon.
Les défis persistent
Un an après, le chemin reste long. La CNIE, si elle est produite, doit encore être massivement distribuée à une population qui a attendu près d’une décennie. Les témoignages de citoyens en attente de leur attestation NIP, comme on peut le lire sur les forums, rappellent que la dématérialisation ne fait pas tout. L’enjeu est pourtant crucial : sans identité numérique fiable, l’accès à la protection sociale, à l’assurance maladie ou aux marchés publics reste entravé.
La représentante résidente de la Banque mondiale, Aïssatou Diallo, saluait en novembre 2024 « la détermination du gouvernement gabonais », qualifiant le programme de « modèle pour la région ». Un an après le lancement de la CNIE, le Gabon a posé les fondations. Reste à bâtir l’édifice.
- Innocent MBADOUMA
- Innocent MBADOUMA
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